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 | Welcome | Mar 3, 2010 |
Dans mon ancien blog je m'étais livré à une violente critique de la pensée politique de Badiou, je ne le regrette pas mais il vaut mieux entrer dans ce gouffre sans fond par la porte principale : la philosophie mathématique...or je n'avais pas encore à ma disposition les séminaires qui sont ici : http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/seminaire.htm la plupart disponibles en notes, résumées certes mais très claires selon mes premières impressions. (re) commençons donc le travail de Sisyphe de l'antibadiousisme primaire à partir du séminaire de 93-94 sur les catégories : "Factuellement, on peut penser que la théorie des catégories et des topos s’est présentée, tend à se présenter, comme un dispositif global qui serait une alternative à la théorie des ensembles, c’est-à-dire comme une autre manière de fixer le cadre général dans lequel se déploient les concepts de la mathématique, et par conséquent aussi comme une autre méthode d’exposition de la mathématique. Contradiction qui était au départ mon hypothèse. Selon la méthode consistant à placer la philosophie sous condition de phénomènes de ce genre, de cette situation, la philosophie doit savoir ce qui est en jeu pour elle-même dans cette situation. Lorsque la philosophie se met sous condition de phénomènes scientifiques de ce type, elle ne se met pas sous condition des discours scientifiques, mais sous condition des événements scientifiques.[1] La thèse que j’ai été amené à soutenir, c’est qu’il ne s’agit pas de deux dispositifs concurrentiels du fondement de la mathématique. Du point de vue du philosophe, il apparaît qu’en réalité, il n’y a pas d’unité de plans entre les deux entreprises : elles ne sont pas deux stratégies pour fonder ou exposer les mathématiques. La visée propre de ces deux entreprises n’a pas la même assignation. La théorie des ensembles est de l’ordre de la décision ontologique. C’est une véritable prescription décisoire quant à ce qu’est une pensée de l’être-en-tant-qu’être. La vocation immédiate de la théorie des ensembles est de décider un univers mathématique et de faire se mouvoir la pensée mathématique de l’intérieur de cet univers. La théorie des topos est en réalité une théorie des possibles. C’est une description de possibilité. Son vecteur essentiel est de décrire ce que c’est qu’un univers possible, en retenant les prescriptions d’existence. La métaphore que j’utilise à cet égard est leibnizienne : l’entendement divin est composé de la totalité des univers possibles qui ne lui ek-sistent pas. Et Dieu crée un univers possible qu’il fulgure, selon la norme du meilleur univers possible (celui qui produit le maximum d’effets avec le minimum de causes). Donc, il y a la totalité virtuelle des univers dans l’entendement divin, et un univers qui existe, le meilleur. On dira que la théorie des topos est la théorie de l’entendement divin, c’est-à-dire des univers possibles, et même de la classification des univers possibles, tandis que la théorie des ensembles est une décision d’univers. Elle en prescrit un, qu’elle crée, qu’elle fulgure. En continuant la métaphore, on pourrait dire que la théorie des topos est une investigation du concept d’univers, donc une théorie des univers, tandis que la théorie des ensembles est une création d’univers, ce n’est pas une théorie d’univers -on peut même dire qu’elle n’a pas de concept d’univers -, mais une effectuation d’univers. Ce point donne lieu à une confusion parce qu’il donne lieu à deux débats, en réalité différents, mais souvent confondus : 1) Est-ce que la mathématique est une théorie des possibles, ou est-ce qu’elle est une création d’univers ? Est-elle une investigation formelle des possibles, ou l’investigation d’un univers constitué ? Vision logique et formaliste d’un côté, vision réaliste et intuitive de l’autre. 2) La théorie des ensembles est-elle le meilleur univers possible, au sens où Leibniz dit que le monde existant est le meilleur possible. Quelle est la proximité de la mathématique et de la logique ? Dans les controverses, ces deux questions sont souvent mélangées. La thèse dans laquelle nous sommes est la suivante : il n’y a pas d’unité de plans. Elle se donne dans un critère très simple : la théorie des catégories est une pensée définitionnelle ; elle décrit, par définitions, les traits constitutifs de ce que c’est qu’un univers possible. Une définition ne décide rien, c’est un opérateur d’identification, qui ne décide rien quant à l’existence. La théorie des ensembles repose toute entière sur des axiomes qui, eux, décident quant à des existences. Quels sont, dans une tentative pour penser l’être en tant qu’être, les rapports entre le possible et l’effectif ? Aussi bien le virtuel et l’actuel. C’est une question essentielle de toute l’histoire de la philosophie. Une des caractéristiques de la théorie des ensembles est qu’elle est entièrement dans l’actuel ; il n’y a pas de virtuel en elle. La théorie platonicienne des Idées est une doctrine de l’actuel. La pensée est sous condition de l’existence en acte des Idées. Dans le dispositif aristotélicien, ce qui est, la substance, est dans un rapport de la puissance et de l’acte. Il finit par y avoir un acte pur qui est dieu. Mais ce qu’il y a, c’est la réalisation de son acte immanent existant en puissance. Deleuze est la plus forte pensée contemporaine de l’être comme actualisation. L’essence de l’être est le virtuel et pas l’actuel, pour Deleuze. Le cahot est la virtualité anarchique pure. Donc, tout est actualisation. Dans ma pensée, il n’y a pas de virtuel. Le possible est lui-même une projection de l’actuel" ce "factuellement" m'ennuie fortement : la théorie des topoi n'est certes pas une alternative, mais un dépassement, tout autant qu'une perfection de la théorie des ensembles; il n'y a certes plus concurrence entre les deux, et là je préfère m'adresser au "working mathematician" qu'au philosophe ! La théorie des catégories est à la théorie des ensembles dans la même situation, ou relation, que la philosophie idéaliste de Platon relativement au réalisme de la substance d'Aristote . "La théorie des ensembles est une création d'univers" : cette proposition délirante illustre bien la différence entre une pensée athée, qui veut se débarrasser de Dieu en attribuant ses "propriétés" les plus irrationnelles (celle de Créateur) à la pensée humaine, et une pensée "religieuse" (celle proposée ici) qui fait simplement descendre la sphère divine jusqu'à la sphère humaine : appelons "évènement" le contact et nous sommes badiousiens ! d'ailleurs il est à remarquer que le "progrès de la pensée" se fait par sauts et discontinuités ! Il est visible, voire évident, que la "pensée" de Badiou n'est pas véritablement scientifique, mais "contrainte" par sa haine implicite contre le christianisme , qui le pousse aussi à donner le change avec son "Saint Paul" (lui aussi "avance masqué" !) ainsi qu'à prendre fait et cause pour l'islamisme en hurlant avec tous les autres "matons de Panurge" à l'islamophobie (il serait intéressant de savoir ce qu'il pense de Mohammed Merah !). Cela l'entraîne dans les grosses bourdes comme celle ci : "La théorie des ensembles est une option ontologique. Cette option ontologique, en dépit du fait qu’elle soit souvent appelée platonicienne, est en réalité une option d’un matérialisme absolu, démocritéen, ou lucrétien, ou épicurien. Quels en sont les traits ? - L’un n’existe pas. Donc, il n’y a pas de principe, pas de transcendance. Il y a un étalement multiple qui n’est jamais subsumable sous une figure canonique de l’un. Le multiple est toujours multiple de multiples. Donc le il y a pur est simplement dans la forme de la multiplicité. C’est un dispositif radicalement soustrait à l’univers appelé l’onto-théologie par Heidegger, dispositif historial de la métaphysique." seulement l'ontologie ne se libèrera jamais du dispositif onto-théologique, théorie des ensembles ou pas, et surtout, l'Un n'est pas un "principe de transcendance" mais d'immanence radicale ! C'est l' Etre qui est "principe de transcendance" ! la non-philosophie de Laruelle s'expose depuis une pensée de l'immanence de "l' un-en-tant-qu'un" , mais c'est évidemment Brunschvicg, le "dernier" philosophe français universel, qu'il faut lire pour comprendre la véritable nature du spiritualisme et de l'idéalisme, consistant à remplacer la Transcendance pour l'intériorité et l'immanence de l'esprit. http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html "Dans la réalité de l’histoire, c’est contre l’éléatisme, et non par lui, que la philosophie rationaliste s’est développée, du jour où la dialectique a mis en évidence l’impossibilité de maintenir simultanément l’affirmation de l’Un en tant qu’être et de l’Un en tant qu’un. En dépit de l’adage, ens et unum non convertuntur. Il est manifeste, en effet, que le, type des « jugements de relation, » : l’Un est un, est orienté à l’inverse exactement du type des « jugements d’existence » : l’Un est. Les deux types de jugement, sous la forme d’absolu où Platon les considère, se détruisent, non pas par leur opposition réciproque seulement, mais aussi chacun pour soi : « L’Être, ajouté à l’Un, comme un prédicat qui lui serait extérieur et transcendant, introduit la dualité, par suite la contradiction, dans ce qui a pour définition essentielle d’être un, tandis que la relation de l’Unité à l’Un maintient l’affirmation de l’Un dans la sphère de l’implicite et de l’immanent, lui interdit comme une altération de son identité radicale avec soi-même toute manifestation au dehors, toute production de ce qui serait autre que le même, fût-ce la perception, la dénomination, la connaissance même. Conclusion qui se confirme par un système curieux d’équivalence entre la position de l’Être de l’Un et la négation de l’Unité de l’Un, entre la position de l’Unité de l’Un et la négation de l’Être de l’Un » ...Or, si c’est un premier fait que l’impulsion a été donnée au progrès du rationalisme par la réflexion platonicienne quand elle a opposé, au sein même du monisme de Parménide, le réalisme de l’être et l’idéalisme de l’un, il y a un second fait qui lui est parallèle. Quand on considère les doctrines issues du Verbe héraclitéen on s’aperçoit que si elles ont, elles aussi posé sur son terrain véritable ce même problème de l’intelligence humaine, c’est qu’une lutte séculaire s’est engagée, à leur intérieur même, entre la spiritualité pure de la pensée et la matérialité des expressions théologiques ou métaphysiques qui, successivement, l’ont incarnée avec l’illusion de lui conférer une apparence d’être. Dans l’histoire de la philosophie occidentale, rien n’est significatif à cet égard, comme l’exégèse stoïcienne de la mythologie, particulièrement en ce qui concerne la fonction médiatrice d’Hermès dans son double personnage de Verbe intime et de Verbe proféré. " seulement Badiou et ses "disciples", comme François Nicolas, quelle que soit leur valeur humaine qui est indéniable, s'enferment délibérément dans une rupture avec le "vieil idéalisme" au moyen d'un matérialisme qui serait enfin le bon , nouvel avatar d'un (pseudo) messianisme qui rompt enfin les chaînes (religieuses) : " La thèse que je voudrais soutenir est que ce livre très singulier peut aider le musicien à inscrire son propos dans une orientation matérialiste renouvelée de la pensée, plus précisément dans ce que je proposerai ici d’appeler un matérialisme de type nouveau. I.1.a Lutte sur deux fronts Comme on va le voir, ce matérialisme philosophique de type nouveau se constitue et se déploie dans une lutte sur deux fronts : en opposition certes au vieil idéalisme (moribond, en vérité, si ce n’est déjà mort: Badiou soutient cette thèse, dans ses interventions plus récentes. Il faut alors entendre son énoncé « L’idéalisme est mort » au sens de l’énoncé nietzschéen « Dieu est mort » ou de l’énoncé hégélien « l’art est mort » : même s’il en existe toujours des survivances, celles-ci ne sont plus à même d’orienter la pensée de manière créatrice ) mais surtout à un matérialisme (que Badiou appelle « démocratique ») qui est hégémonique et obscurcit aujourd’hui la pensée. Soit la conviction suivante : les Lumières d’aujourd’hui, celles du XXI° siècle, n’ont plus tant pour adversaire déterminé le vieil idéalisme religieux qu’un obscurantisme de type désormais matérialiste interdisant toute Idée véritable au nom du règne sans partage des corps et des langages." sur deux fronts ? diable, je m'inquiète, est ce que cela ne rappelle pas la stratégie hitlérienne, qui s'est terminée de manière catastrophique (pour lui ) ? mais il est vrai que le vieil idéalisme est mort et enterré, alors que Staline en 1943... "Pourquoi proposer d’inscrire le propos du musicien dans une telle nouvelle orientation matérialiste ? Parce que l’intellectualité musicale, de longue date (très exactement depuis sa constitution avec Rameau, précisément à l’époque des Lumières) lutte contre son propre obscurantisme, celui du vieil idéalisme qui focalise et oriente le discours traditionnel sur la musique. Cet idéalisme le réalise d’une part en présentant la musique comme esprit immatériel et ineffable, venant transir d’infini notre sol étriqué et notre cœur fermé, et d’autre part en thématisant le discours possible sur une telle musique comme commentaire dévot et prêche célébrant le médiateur musicien, au total en exaltant la puissance religieuse de la musique … Contre cet obscurantisme, venant interdire de parler de musique autrement que comme émotion pieuse et communication ineffable, l’intellectualité musicale a constitué ses propres opérations : théoriques (voir Rameau), critiques (voir Schumann) et esthétiques (voir Wagner)." comme on le voit ici, l'idéologie anti-chrétienne saute aux yeux : seulement l'idéalisme brunschvicgien aboutissement du cartésien, et mutation du platonicien, sort du christianisme par le haut, à travers un "christianisme de philosophes"... Alain BADIOU, dans son entretien "d'une rare violence" avec Finkielkraut, ne manque pas d'air: http://bibliobs.nouvelobs.com/20091217/16522/finkielkraut-badiou-le-face-a-face http://leserpentvert.wordpress.com/2010/01/13/le-debat-badiou-finkielkraut/ Je regrette une fois de plus que Finky s'enferre sur le cas Polanski, et là on peut dire qu'il franchit allègrement le mur du con : ce serait l'extrême droite fascisante (par volonté d'ordre moral et par antisémitisme) ET le ressentiment populaire (contre les créateurs) qui se seraient donné la main dans cette affaire pour persécuter le pauvre cinéaste! quand on en arrive là, mieux vaut aller se coucher... mais cette regrettable crise de gâtisme se situe à la fin de l'entretien, et sur ce qu'il dit auparavant , notamment à propos de Badiou, je suis pleinement d'accord. Badiou est plus qu'un supplétif ou un second couteau de TINA (la mondialisation), il est le général en chef de son armée.... prenez ce propos de lui (concernant les burqas, minarets, crucifix, bref les questions qui fâchent): «Ces questions sont insignifiantes, c'est ça ma conviction. Moi je suis sur ces questions un nietzschéen rigoureux. Dieu est mort, et depuis longtemps. Donc il faut partir de l'idée que quand on est face à de phénomènes dits de civilisation ou de religion, ils dissimulent autre chose que leur qualité apparente. Qu'est-ce qui se tient vraiment là-derrière ? On ne voit pas de nouvelles figures mystiques, des penseurs religieux profonds, une théologie novatrice, etc. On ne voit rien de ce genre. On voit des agitateurs organisés, des attentats anonymes, des phraséologies tout à fait stéréotypées. Alors quelle est la figure politique qui se dissimule derrière cette phraséologie de l'islamisme radical ? En tout cas, pour ce qui est d'être identitaire, elle l'est ! Et vous voudriez l'imiter, vous voudriez lui opposer une défense quasi désespérée de la « civilisation occidentale », ou de l'« identité française », investie et menacée par les barbares...» ça vaut la peine de disséquer un peu ce petit bijou d'hypocrisie et de sophistique (sophistiquée...enfin pas trop)... ça vaut la perte de temps, de toutes façons on perd toujours son temps avec Badiou. "On ne voit pas de théologie novatrice" : qui ça, "on" ? Heidegger nous a appris à nous méfier du "on"...est ce Badiou lui même ? alors je lui rétorquerai avec le livre de Maxence Caron : "La Vérité captive", qui est rien moins qu'une rénovation complète de la philosophie, ET de la théologie, qui renverse les barrières artificielles érigées (notamment par Badiou) entre foi et raison...et puis comment Badiou peut il être sûr qu'il n'existe pas et qu'il n'existera plus jamais de théologie novatrice et profonde ? Ah oui... j'oubliais ! "Dieu est mort"...le nietzschéen rigoureux..."Donc il faut partir de l'idée que quand on est face à de phénomènes dits de civilisation ou de religion, ils dissimulent autre chose que leur qualité apparente" !!! eh ben voyons ! "il faut" : on est sommé d'obéir aux ordres de Badiou, comme si c'était un commissaire politique du temps de Mao ! et puis je ne vois pas pourquoi ceci s'étendrait à la totalité des phénomènes dits de "civlisation" ? On lui accordera que l'islamisme radical est "identitaire" ! mais disant cela on n'a rien dit ! ce qu'il faut voir, c'est que l'islamisme veut détruire les autres identités, celles qui s'opposent à son expansion... mais ça, Badiou n'en a cure ! il se borne à établir une équivalence rigoureuse entre "identité islamiste" et "identité française" ! on croit rêver devant tant de mauvaise foi...plus personne justement, dans le camp de la "réation" (auquel n'appartient pas Finky) ne veut imposer cette identité aux musulmans : on leur dit juste de rester chez eux, et de ne pas venir en France, s'ils refusent de s'assimiler à cette identité, par exemple s'ils refusent que leur fille épouse un français qui ne serait pas converti à l'Islam... je ne vois rien là de raciste, uniquement de la bonne logique ! de plus les tenants de l'identité française seraient "réactifs", ils voudraient "imiter les islamistes" en leur "opposant une défense désespérée de l'identité française" ! et en 1939, les français voulaient "imiter les nazis" ?? Mais brisons là, je crois que ceux qui ne voudront pas convenir du fait que Badiou est un sophiste sont des cas désespérés ! Finky a raison : Badiou est en fait au service de la mondialisation, du Gestell...et l'un des sophismes de ce grand connaisseur de Hegel consiste à confondre le niveau du particulier (l'identité française est un particularisme, en aucun cas un universalisme) et celui de l'universel : Islam comme révolution française se situent à ce niveau, la différence étant que l'Islam estun faux universalisme, une idolâtrie, alors que théoriquement, en principe, la Révolution française et ses valeurs de liberté de conscience est un universalisme véritable, comme le reconnaissait Fichte, ainsi que Hegel... quelqu'un d'aussi cultivé que Badiou ne peut pas commettre une telle bourde de bonne foi : il ment, il est au service de l'armée communiste, avec son lieutenant Slavoj Zizek...deux inquiétants démons, vous pouvez m'en croire ! Mais pourquoi fait il cela ? pourquoi s'engage t'il ainsi, avec toute son intelligence, qui est immense, et toutes ses connaissances philosophiques et mathématiques, au service du Mal et de la destruction universelle ? par révolte contre Dieu, contre la métaphysique, et contre l'Infini ! il suffit de lire le préambule de "La Vérité captive" de Maxence Caron pour comprendre d'où sort la pseudo-pensée de Badiou : de l'Abîme infernal, qui entend destituer l'Infini, le "disséminer" comme disent ces démons.. Il n'y a qu'un Infini : DIEU. l'Infini est pour Descartes un Nom, ou un Attribut, Divin, le principal, le seul peut être; certes il accorde à la volonté humaine le caractère d'infinitude, mais en aucun cas il ne prétend que celle ci serait infinie comme Dieu l'est...là dessus lire "La pensée métaphysique de Descartes" (de Gouhier) : http://books.google.fr/books?id=gTOL7W0w1LYC&pg=PA201&lpg=PA201&dq=Dieu+descartes+infini&source=bl&ots=bT0WL7_7mv&sig=q3dwDx48YO7z8JF15IyCZHIsluo&hl=fr&ei=DydXS4zrOcPB4gayr4G6Aw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=6&ved=0CB4Q6AEwBQ#v=onepage&q=Dieu%20descartes%20infini&f=false et "Descartes et la connaissance de Dieu" de Laurence Devillairs: http://books.google.fr/books?id=oQKNiyt8ghAC&pg=PA140&lpg=PA140&dq=Dieu+descartes+infini&source=bl&ots=4mmTa80fDK&sig=zGrgSt_TO4JX_jDvkuQmsL9k7hk&hl=fr&ei=3jhXS_v1HpHS4gbu6_HDAw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=9&ved=0CCEQ6AEwCA#v=onepage&q=Dieu%20descartes%20infini&f=false Badiou connaît et admire beaucoup Descartes mais il s'empare des découvertes (mathématiques) de Cantor et des ses alephs pour "disséminer" l'Infini : "rien de plus banal que l'infini", voilà du Badiou dans le texte ou à peu près... Ce que Badiou trouve à redire au thème de l'identité, Maxence Caron l'explique très bien : c'est un résidu insupportable (aux outre-modernes) de l'ancienne pensée (métaphysique, qui était encore celel de Descartes et de Malebranche) qui doit céder la place définitivement à la nouvelle, qui ne veut entendre parler que d'immanence, de transitivité, fluence, changement, évènement ereignis, relation, morphismes, en aucun cas d'être, de substance, de transcendance. Ce qu'il trouve à redire à l' Etre, et à l'UN (autres Noms divins) , c'est qu'il les dissocie : l'Un n'est pas, c'est de là que part l'Etre et l'évènement. Et c'est vrai, l'Un , ni l'Etre, n'est (un étant). Mais si cela sert à définir l'évènement comme "ultra-Un" alors la tentation luciférienne commence... Ce qu'il trouve à redire à l'Infini, c'est que c'est Dieu, or Dieu est mort ...conclusion : il faut le disséminer, faire que son cadavre se décompose... Il y a une étape très ancienne, bien plus que les découvertes mathématiques de Cantor, celle d'un traité faussement attribué à Malebranche : le traité de l'Infini créé . en voici le texte complet (on peut le télécharger en format pdf): http://books.google.fr/books?id=VsEFAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=infini+cr%C3%A9%C3%A9+malebranche&source=bl&ots=EA7h8j-DOy&sig=hVY_qmf8gDFbhS1JDCQJypJrM_Y&hl=fr&ei=hT1XS6_DKsmq4Qb919S2Aw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CAsQ6AEwAQ#v=onepage&q=&f=false et voici un article sur la tentative de l'attribuer à Malebranche, justement titré "La subversion du sens" : http://dspace.unitus.it/bitstream/2067/431/1/Infini%20cr%C3%A9%C3%A9%20et%20Malebranche.pdf On ne retrouve rien de moins, dans cet ouvrage démoniaque, que les germes de la pensée de Badiou trois siècles plus tard : il y a plusieurs infinis actuels, une infinité, le monde est infini comme son Créateur, il y a un nombre infini d'esprits, et chacun est Infini comme Dieu... évidememnt, il s'agit là d'imposture diabolique, jamais Descartes ni Malebranche n'auraient cautionné pareilles thèses ! Or ceci correspond aussi à l'une des campagnes de l'armée de TINA : remplacer l'Infini véritable, Dieu, par l'indéfinité de la mondialisation se présentant comme Infini , et niant ou non Dieu : Tina est bonne fille, et bonne mère, elle est "tolérante" puisque relativiste, elle admet en son cortège aussi bien athées radicaux comme Badiou que "croyants" islamiques ou non, l'important est que le (non-)monde de la pseudo-mondialisation actuelle puisse se présenter comme "aussi Infini" que Dieu, et ceci a été préparé dès l'époque de Malebranche par le traité de l'Infini créé le discours de TINA, encore une fois, a été révélé clairement par Sidney Lumet dans "Network", en 1976, au cours de la fameuse scène du film entre Arthur Jensen et Howard Beale, le journaliste-ivrogne pathétiquequ'il entend enrôler au service de TINA, c'est à dire d'Ahriman: http://www.blogg.org/blog-30140-billet-network_de_sidney_lumet___the_world_is_a_business-1116212.html dont le texte se trouve ici : http://www.imdb.com/title/tt0074958/quotes voici comment au début de cette scène Arthur Jensen, le PDG du réseau (maffieux) de chaînes de télé, présente cette "infinité" du monde, de la Nature : "Arthur Jensen: [bellowing] You have meddled with the primal forces of nature, Mr. Beale, and I won't have it! Is that clear? You think you've merely stopped a business deal. That is not the case! The Arabs have taken billions of dollars out of this country, and now they must put it back! It is ebb and flow, tidal gravity! It is ecological balance! You are an old man who thinks in terms of nations and peoples. There are no nations. There are no peoples. There are no Russians. There are no Arabs. There are no third worlds. There is no West. There is only one holistic system of systems, one vast and immane, interwoven, interacting, multivariate, multinational dominion of dollars. Petro-dollars, electro-dollars, multi-dollars, reichmarks, rins, rubles, pounds, and shekels. It is the international system of currency which determines the totality of life on this planet. That is the natural order of things today. That is the atomic and subatomic and galactic structure of things today! And YOU have meddled with the primal forces of nature, and YOU...WILL...ATONE! "
Le voilà, le pseudo-Infini, l'indéfini du "monde" que l'idéologie athée, qu'elle soit éclatante comme chez Badiou ou masquée par le relativisme et le "linguistic turn" (comme chez les penseurs analytiques, Rorty, etc..), entend mettre à la place de l'Infini de l'ancienne métaphysique , Dieu : cet "indéfini", c'est "the primal forces of Nature" Tout est dit ! on ne peut imaginer obscurantisme et ténèbres plus profondes ! nous sommes bien dans le scénario imaginé par Joseph Conrad dans "Heart of darkness", dont Francis Ford Coppola a tiré "Apocalypse now" : les derniers mots de Kurtz : "the horror ! the horror ! the horror !" sont prononcés dans la jungle, loin des yeux d'Occident et de la bien aimée blanche, et celui qui vient témoigner en Angleterre de ces derniers instants du "blanc ensauvagé" fera un pieux mensonge, et racontera à la fiancée ce qu'elle veut entendre, ce que toute petite oie blanche écervelée veut entendre : "il est mort en prononçant votre nom" Seulement, un siècle après, la jungle a envahi jusqu'à l'Europe ; et le pieux mensonge risque de devenir réalité, en ce sens que le "nom de l'amour" , Tina et "pseudo-infini" oblige, devient réellement ce qu'a dit Kurtz , qui est maintenant n'importe quel petit commercial de banlieue : "the horror ! the horror ! the horror !" et l'on s'explique que les islamistes aient le vent en poupe, et que partout dans le monde les minorités chrétiennes soient massacrée sans qu'aucun "intellectuel défenseur des droits de l'homme" n'élève la voix: http://www.rebelles.info/article-mais-ou-sont-ils-2--42846739.html Ainsi en a décidé Tina ! Comme disait l'autre : que faire ? Je suis profondément persuadé que le combat à mener n'est pas celui des "black blocks" et de la violence, ni même celui de la politique, mais qu'il se situe au niveau philosophique: rétablir les droits de la métaphysique tout à la fois chrétienne et (néo-) platonicienne contre la pseudo-pensée de l'athéisme philosophique, hard ou "soft". C'est exactement ce que j'appelle la "Grande Croisade". Donc il faut combattre Badiou, et c'est tout à fait possible : je puis témoigner que j'ai vu un papier, écrit par un de nos jeunes mathématiciens les plus prometteurs, qui démonte complètement le schéma mathématique, à base de théorie des topoi et des Ω-ensembles, de "Logique des mondes", et qui pousse encore plus loin en pointant plusieurs incohérences au niveau philosophique (toutes de la même nature que celle que j'ai signalée plus haut, consistant à mélanger universel et particulier). Je crois que je peux retrouver ce papier en cherchant bien, mais j'aurais besoin de la permission de celui qui l'a écrit pour en livrer ici les principales lignes, or je ne suis plus en contact avec lui. En tout cas puisque lui l'a fait, d'autres peuvent le faire... Mais il y a un travail encore plus urgent à mener à bien, c'est de remonter dans le passé pour voir quelles sont les failles dans la pensée métaphysique qui ont rendu possible l'irruption de l'athéisme et de cet "infini disséminé" qui prend la place du véritable Infini, de Dieu (qui en prend la place, non en réalité bien sûr, mais dans le network de pseudo-concepts qui nous enserre dans le filet ahrimanien de Tina....si vous voulez, de : THE MATRIX). Nous avons cité le traité de l'Infini créé, qui remonte à l'époque de Malebranche. Mais l'on peut remonter beaucoup plus loin, et je voudrais ici signaler aux chercheurs et "travailleurs de la onzième heure" (dans les vignes du Seigneur ?) un fait curieux, que l'on trouve mis en évidence dans le livre de Françoise Hudry (Editions VRIN): "Le livre des vingt-quatre philosophes : résurgence d'un texte du IV ème siècle" Vous pouvez trouver ce livre sur googlebooks : http://books.google.fr/books?id=FZ4eZZI7yM4C&pg=PA9&lpg=PA9&dq=livres+des+XXIV+philosophes&source=bl&ots=aQvcr28MuY&sig=zDmwmhaWxctpI4VWeaGUScv-GeU&hl=fr&ei=E0BQS-WCMMvP4gbgp72KCQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&a Il s'agit d'un opuscule latin, apparu de façon anonyme au tournant des XII ème et XIII ème siècles, qui se compose de 24 définitions de Dieu (qui figurent à la fin du livre ci dessus) , accompagnées d'un bref et obscur commentaire; l'une de ces définitions, la deuxième, est la célèbre, celle qui a fait couler beaucoup d'encre, sinon beaucoup de compréhension : "Dieu est une sphère sans limite dont le centre est partout et la circonférence nulle part" Françoise Hudry établit scientifiquement que ce livre remonte en fait au IV ème siècle, à Marius Victorinus, philosophe à la fois néo-platonicien, inspiré par Porphyre et Plotin, et chrétien. Et elle s'interroge, avec raisons, sur les variations importantes que subit le texte entre les différentes versions manuscrites, et notamment entre le manuscrit le plus ancien, dénommé Laon412, et la "versio communis" médiévale. Lisons le commentaire à la 24 ème définition de Dieu, qui est à mon sens la plus admirable, parce qu'elle semble nous être réservée, à nous autres contemporains oublieux de la vraie métaphysique et de la piété véritable, et à notre époque de déréliction et de ténèbres : "Dieu est celui que l'esprit apprend à connaître de sa seule ignorance" Dans la version antique, nous y trouvons l'indéfini du "monde", celui que Badiou au service de Tina entend nous faire prendre pour L'Infini, sous les termes latins : "infinitum in se", et que le traité antique oppose rigoureusement à la Lumière divine. Voici le texte (traduction en français) du commentaire à la définition 24, dans la version la plus ancienne : "Lorsque la lumière créée tombe sur un objet opaque, en sorte que son opacité devient si grande que la lumière soit impuissante à la dissiper à cause de sa forte densité, la lumière se brise alors en rayons et....du fait que ces rayons se multiplient au maximum, elle traverse ce milieu dense; il faut dire que c'est à l'inverse que se comporte l'indéterminé en soi (en latin : infinitum in se) à l'intérieur même des créatures, face à la lumière divine" Mais cet "infinitum in se", cet "indéterminé en soi" a complètement disparu de la version commune médiévale : seule subsiste vaguement une "âme", sous la forme d'une res qui porte en soi une "mage de Dieu". Ce qui veut dire que le terrain est déblayé, rendu libre pour qu'émerge un "second Infini", qui sera celui du traité du pseudo-Malebranche, et dont nous allons voir que Plotin explique très bien la nature potentiellement dangereuse, puis enfin l' Infini disséminé des "outre-modernes" qui permet la mise en place de la société totalitaire mondiale de TINA-AHRIMAN. le texte continue, mais ce n'est pas mon propos de l'étudier ici, j'en serais d'ailleurs bien incapable car je ne suis qu'un débutant et il me semble très obscur : c'est un travail réservé à des recherches futures, sur ce blog ou sur http://leserpentvert.wordpress.com La mathesis universalis n'est pas abandonnée, mais la métaphysique est de retour : tel est le "paradigm shift" que j'ai annoncé depuis longtemps ! Il s'agit non pas d'une contradiction, mais d'une démarche nécessaire : rappelons que je me suis heurté à un fait incompréhensible, le fait que la "bonne science", entièrement spirituelle, de l'époque de Descartes, est devenue ensuite la technoscience qui nous enserre de plus en plus et nous rend esclaves. C'est aussi l'aporie que prend pour thème Olivier Rey dans "Itinéraire de l'égarement", livre qui pose très bien les problèmes, mais échoue à trouver une solution, à mon avis, sauf ce "pas de côté" qui est en fait fuite hors du Concept. quant à moi, j'essaye de trouver l'explication de l'aporie en remontant plus haut dans le passé, à la métaphysique antique et médiévale, donc... Je me bornerai juste ici à résumer les explications de Françoise Hudry : cet "indéterminé en soi", c'est la matière sensible, rebelle à la Raison (c'est aussi il me semble la forme d'extériorité de Brunschvicg dans la "Modalité du jugement") dont parle Plotin dans Ennéades II-4 ("Sur la matière") , dont vous trouverez le texte grec et la traduction ici: http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/plotin/enneade24.htm Comme je l'ai dit ces gouffres intellectuels, analogues à ceux de la fin de "Louis Lambert" de Balzac, dépassent entièrement mes maigres possibilités intellectuelles, je ne peux que contempler avec effroi et une sorte de ravissement glacé ces abîmes...je ne peux que reporter le lecteur aux passages que Françoise Hudry met en relation avec notre définition 24, et qui se trouvent dans les paragraphes 3 et 15 de l'Ennéade II-4 de Plotin: paragraphe 3 : Françoise Hudry traduit le texte "Τάχα δὲ ἀνάπαλιν ἡ ἐνταῦθα" par : "la matière, ici, se comporte de manière inverse" : il s'agit donc de ce que Plotin appelle "matière sensible" (Ἡ δὲ τῶν γιγνομένων ὕλη ) ou "matière des choses engendrées", et qu'il oppose dans ce paragraphe III à la matière intelligible. Il me semble que Françoise Hudry a ici raison d'identifier l'infinitum in se de la définition 24 à la "matière sensible" de Plotin..voici ce que dit Plotin sur l'opposition entre matière sensible et matière intelligible, et sur leur fonctionnement radicalement différent, qui explique, entre autres, le flux temporel caractérisant notre existence incarnée (chose que ne fait pas la physique moderne, qui se contente de le constater sous le nom d'entropie) : "Ici-bas, en effet, la matière n'est toutes choses que par parties, n'est chaque chose que successivement : aussi rien n'est permanent au milieu de ces changements perpétuels, rien n'est jamais identique. La haut, au contraire, la matière est toutes choses simultanément, et, possédant toutes choses, elle ne saurait se transformer; donc, la matière n'est jamais informe là-haut : car elle n'est pas informe même ici-bas. Seulement l'une [la matière intelligible] est placée dans d'autres conditions que l'autre [la matière sensible]. " Mais c'est au paragraphe XV que Plotin aborde la, ou plutôt les, notions d'infini . "ce qui reçoit l'ordre et la détermination est nécessairement l'infini (τὸ ἄπειρον) . Or ce qui reçoit l'ordre, c'est la matière avec toutes les choses qui, sans être la matière, y participent et en jouent le rôle. Donc la matière est l'infini même " et un peu plus loin " L'infini n'est donc pas un accident de la matière [il en est l'essence]. La matière est l'infini lui-même. Dans le monde intelligible même, elle est l'infini. " puis Plotin va jusqu'à parler de deux infinis !!! "L'infini semble né de l'infinité de l'Un (τοῦ ἑνὸς ἀπειρία), soit de sa puissance, soit de son éternité : il n'y a pas infinité dans l'Un, mais l'Un est le créateur de l'infinité . Comment peut-il y avoir infinité à la fois là-haut et ici-bas [dans l'Un et dans la matière] ? C'est qu'il y a deux infinis : il y a entre eux la même différence qu'entre l'archétype et l'image " nul doute que nous ne tenions là l'extrémité du Fil d'Ariane pour nous orienter dans ces ténèbres ! après, c'est à nous de marcher, dans le labyrinthe, pour parvenir au centre, à l'être, à Dieu ! l'infinitum in se, l'indéterminé en soi du commentaire de la définition 24, c'est le deuxième infini de Plotin, qu'il vaudrait mieux appeler "indéfini" : "L'infini d'ici-bas est-il moins infini? Au contraire, il l'est plus. Par cela même que l'image est éloignée de l'être véritable, elle est plus infinie. L'infinité est plus grande dans ce qui est moins déterminé . Or ce qui est plus éloigné du bien est plus dans le mal. Donc là-haut l'infini, possédant plus l'être, est l'infini idéal (εἴδωλον ὡς ἄπειρον); ici-bas, l'infini possédant moins l'être, parce qu'il est éloigné de l'être et de la vérité, qu'il dégénère en image [de l'être véritable], est l'infini réel (ἀληθέστερον ἄπειρον). " Le fait signalé plus haut que l'indéterminé en soi, le second infini de Plotin, a disparu de la version médiévale du "Livre des XXIV philosophes", est de lui même illuminant sur l'évolution catastrophique de la pensée métaphysique du néo-platonisme du IV ème siècle aux XIIème-XIII ème siècles latin influencé comme on le sait par l'averroïsme et l'aristotélisme arabes. Car il est établi que l'athéisme européen prend là sa source. Le fait que le "deuxième infini" disparaisse (dans le commentaire à la définition 24 de Dieu) ne veut pas dire qu'il ne va plus "opérer", c'est même tout le contraire, puisqu'il va resurgir dans le Traité de l'Infini créé attribué faussement à Malebranche (ce qui marque une intention de nuire à la métaphysique chrétienne) : ce qui disparait, c'est la dernière trace de ce que savait et disait Plotin, à savoir que ce "deuxième infini", ou plutôt "indéfini" , est purement inconsistant s'il est envisagé (comme chez Badiou ou les outre-modernes) comme "indépendant" du véritable Infini, de dieu, et qu'il est toujours une potentialité de rébellion contre le LOGOS, ce qui se produira avec l'athéisme philosophique moderne, prenant sa source chez les philosophes arabes voir là dessus : http://omphalos-metanoia.blogspot.com/2008/01/les-origines-arabes-de-lathisme.html http://omphalos-metanoia.blogspot.com/2008/01/les-origines-arabes-de-lathisme_07.html http://www.islam-documents.org/ C'est dans ce que Plotin appelle (avec une audace qui me met un peu mal à l 'aise) "infini réel" qu'il faut voir le premier germe de ce qui deviendra ensuite l'indéterminé en soi du livre des 24 philosophes, "infinitum in se"rebelle à la lumière divine (celle du Chrit-Logos, qui est selon Malebranche Sagesse de Dieu), puis l'infini créé du traité du pseudo-Malebranche, et enfin l'infini disséminé des philosophes, qui ,tels Badiou , se sont emparés des découvertes de Cantor pour leur faire dire autre chose que des significations strictement mathématiques (dont le pauvre Cantor lui même ne s'est pas contenté, puisque je rappelle qu'il a eu des ennuis psychiatriques car il croyait avoir tué Dieu). Puis, enfin, descendant toujours dans ce gouffre infernal, qui sans nul doute constitue ce que Guénon appelle l'éloignement progressif vis à vis du Principe et Cioran : "la chute dans le temps", nous arrivons aux forces de la nature primitive d'Arthur Jensen, et au "return to Nature, to wild Nature" de notre frère mathématicien-terroriste Theodor "Unabomber" Kaczynski, géant spirituel fracassé, que je me refuserai toujours à condamner car ce sont les gnômes de TINA qui sont coupables de sa chute dans la pure violence, dont je parlais dans les deux articles précédents... qu'il me soit simplement permis d'adresser une pensée admirative à ce frère européen perdu en terre américaine et dans l'athéisme de ceux qui ont été rendus fous par la Femme écarlate, et aussi, ce qui n'est pas très difficile, de souligner son erreur : ce n'est pas dans un retour à la Nature, à la Nature sauvage qu'est l'issue, mais dans une montée vers l'Esprit ... il faudrait aussi étudier (une autre fois) l'évolution de Grothendieck, un géant encore plus grand, qui vit encore et aux dernières nouvelles veut interdire toute publication de ses travaux mathématiques... Je saisis aussi cette occasion des ambiguités de Grothendieck et Kaczynski pour souligner la distance qui doit toujours nous séparer, nous qui nous voulons fidèles à l'exigence de l'Esprit, des "verts de terre" (écologistes) et des altermondialistes... il n y' a qu'un seul point sur lequel je suis totalement d'accord avec eux : oui, un autre monde est possible, un monde dans lequel les altermondialistes et les écologistes auraient un cerveau... Terminons cet article avec la fin du paragraphe XV du texte de Plotin, qui explique très bien, à mon avis, la dissémination et donc la banalité de l'infini chez Badiou , mais cette fois de l'infini qui n'a plus aucun lien avec l'Infini idéal, celui du monde intelligible : cette notion de monde intelligible provoque d'ailleurs chez nous, hommes du 21 ème siècle, soit hilarité, soit honte et dérision douloureuses : "Y a-t-il identité entre l'infini et l'essence de l'infini ? Quand l'infini est raison et matière, l'infini et l'essence de l'infini sont deux choses différentes. Quand l'infini n'est que la matière, l'infini et l'essence de l'infini sont identiques. Disons mieux : ici-bas, l'infini n'a pas d'essence; sinon, il serait une raison, ce qui est contraire à la nature de l'infini. Donc la matière est en elle-même l'infini par opposition à la raison. De même que la raison, considérée en elle-même, est appelée raison, de même la matière, qui est opposée à la raison par son infinité et qui n'est nulle autre chose [que matière], doit être appelée infini. " et, au début du paragraphe XVI : "La matière n'est pas identique à l'altérité même, mais à une partie de l'altérité, à celle qui est opposée aux êtres véritables et aux raisons. C'est en ce sens qu'on peut dire du non-être qu'il est quelque chose, qu'il est identique à la privation, pourvu que la privation soit l'opposition aux choses qui existent dans la raison" Voilà pourquoi Badiou, qui veut (quand même) donner à ses "disciples" quelque chose de substantiel comme "nourriture spirituelle" mais sans pouvoir leur donner le véritable pain et le véritable vin, celui de l'Evangile, sinon ce démon serait obligé de reconnaître sa petitesse et de plier le genou devant CHRIST, voilà pourquoi Badiou doit imaginer la "doctrine fanstastique" (et fantasque) de l'évènement qui sort de la juridiction de l'Etre, rabaissée par lui à la théorie des ensembles de Zermelo-Fraenkel !! destin luciférien de tous ces démons ! qui ne peuvent exister en se différentiant (quand même !) de TINA et de son esclavage ahrimanien (ce que Badiou appelle matérialisme démocratique, mieux vaudrait dire démoncratique) qu'en fuyant toute raison supérieure (au sens de Saint Thomas d'Aquin) dans des billevesées de nature luciférienne ! et, au passage, voilà l'explication de sa complaisance envers l'Islam : entre lucifériens, on se comprend, on se serre les coudes ! Mais Badiou, tel un nouveau joueur de flûte de Hameln, entraîne ses "disciples" vers la montagne qui est Néant, en donnnant la fausse impression de conjurer les rats du désespoir et du nihilisme : et je conjure ceux-ci, s'ils me lisent, de faire un retour réflexif salutaire sur eux mêmes, pour se libérer de l'emprise démoniaque de la pseudo-intelligence de Badiou. Il n'y a pas pire nihilisme que la pensée de BADIOU ! Car Brunschvicg nous a appris que l'intelligence qui ne débouche pas sur l'amour absolument désintéressé et universel (chrétien, donc : la charité, l'agapè) n'est pas la véritable Intelligence, mais une contrefaçon satanique de celle-ci. Et l'on sait, d'après le "Second Faust" de Goethe, que Satan-Méphistophélès est le Prince des faux-monnayeurs... En tout cas, moi, je ne cèderai plus à cette fascination : je place mon espoir et ma confiance en le seul CHRIST-LOGOS, Lumière qui vient en ce monde, et je m'abîme dans la poussière , car désormais seul Dieu pourra me libérer , et certainement pas les divagations lucifériennes de l'un ou de l'autre... Seule la Vérité nous rendra libres ! Post Scriptum (22 janvier 2010) : pour ceux qui s'interrogeraient encore sur la nature réelle de TINA et son existence, on peut la voir en action avec ce rapport sur le "racisme sur Internet" remis aujourd'hui à Fillon: http://www.foruminternet.org/specialistes/veille-juridique/actualites/remise-au-premier-ministre-du-rapport-lutter-contre-le-racisme-sur-internet-2993.html http://www.fdesouche.com/articles/94773 tout cela n'a évidemment aucun rapport avec une lutte véritable contre le racisme, qui passerait d'abord par une limitation drastique des flux d'immigration vers l'Europe en provenance de pays islamiques, et par un arrêt de toute "régularisation de sans papiers".. Nous assistons peu à peu à la mise en place d'une société totalitaire, analogue à la stalinienne et la maoïste : "Brave New World" ... le meilleur des mondes ! http://toutsurlachine.blogspot.com/2010/03/portrait-badiou-la-star-de-la-philo-est.html A 73 ans, ce maoïste non reconverti est devenu un personnage public. Il doit sa notoriété à un pamphlet contre Sarkozy. Encensé par l'extrême gauche, ce philosophe ne cache pourtant pas sa haine de la démocratie. Mais qui a enquêté sur M. Badiou ? Il a accepté de rencontrer " Marianne ", qu'il traite de " poubelle républicaine ". Portrait. On sait bien que l'époque est favorable aux provocateurs et aux célébrités fulgurantes, mais il y a tout de même un mystère Badiou : pourquoi cela marche-t-il ? Qui connaissait ce professeur honoraire de Normale sup de 73 ans il y a seulement trois ans ? La plupart des gazettes le présentent aujourd'hui comme le grand intellectuel engagé, penseur de la radicalité radicale. Ce n'est pourtant pas un jeune premier éblouissant, mais plutôt un vieux perdant dont l'originalité consiste à défendre tout ce qui a échoué, de préférence dans le sang. Stalinisme, maoïsme, génocide cambodgien..., il assume tout. Il exècre la démocratie et les droits de l'homme. Son créneau - le kitch tragique - semble porteur, mais il serait injuste d'y voir de l'opportunisme. Cet exotisme relève chez lui de la fidélité : Alain Badiou est un fossile des années 60-70. Tous les maoïstes de l'époque ont répudié leur jeunesse folle et beaucoup en font commerce. Lui maintient tout. Il reste le dernier. C'est d'ailleurs l'une des constantes de sa biographie : il a toujours été en retard, en décalage. Mais c'est la première fois qu'il en profite. Cela ressemble à une revanche. On l'entend aujourd'hui parce que tous les maîtres penseurs de son époque sont partis, Sartre, Foucault, Lacan, Deleuze, Derrida, Bourdieu. Lorsque ceux-là régnaient, il restait, lui, dans l'ombre. Pas par manque de talent ou d'intelligence. C'était un premier de la classe : major à Normale sup, major à l'agrégation. L'Inspection générale de l'Education nationale choisit d'ailleurs ce jeune surdoué pour présenter les grands philosophes à la télévision scolaire. Beau début de carrière pour un " héritier " : maman est prof de philo, et papa, normalien, prof de maths et ancien résistant, fut maire socialiste (SFIO) de Toulouse de 1944 à 1958. Avec un bras assez long pour pistonner son fils et lui éviter le service militaire dans l'infanterie : Alain Badiou verra la fin de la guerre d'Algérie en jouant du piccolo dans la fanfare d'un régiment de l'armée de l'air près de Bordeaux. A l'époque, il suit papa, qui quitte la SFIO pour le Parti socialiste autonome (PSA) puis unifié (PSU), mais son ambition se porte d'abord vers la littérature, comme Sartre - son " maître absolu " - dans les années 30. Il commence par des romans de facture classique. Des bides, l'heure est déjà au " tout-politique ". Il ne rattrape pas son retard et rate Mai 68 à Paris : il est prof à Reims et secrétaire fédéral de la Marne du PSU. Il refuse pourtant d'être candidat aux législatives de juin 1968. " C'est à partir de ce moment que je suis contre le processus électoral. C'est la dernière fois de ma vie que j'ai voté. " Installé à Paris, en février 1969, il comprend qu'il y a mieux que le PSU. Mais plutôt que de rejoindre ses grands frères de Normale qui se bousculent au sein de la Gauche prolétarienne (GP), il préfère créer sa petite structure à lui : l'Union des communistes de France marxiste-léniniste (UCFML). Tout en poursuivant sa carrière là où il faut être, à Vincennes, cette université toute neuve où Edgar Faure, le ministre de l'Education post-68 de De Gaulle, a habilement parqué hors de Paris l'élite du gauchisme universitaire. Alain Badiou s'y distingue en annonçant qu'il donnera leurs examens à ceux " qui ne sont jamais venus en cours et qui ont ainsi montré par leur absence leur détachement louable des choses de ce monde ". Le même se lamentera trente ans plus tard devant un collègue sur la " baisse tragique du niveau des élèves de Normale ". " Contradiction apparente ! nous explique-t-il aujourd'hui. L'époque avait un caractère d'exception formidable et Vincennes était alors un bastion politique pour la révolution. " Révolution que l'UCFML de Badiou prend au sérieux. " Tout le décorum de la clandestinité était là : les pseudos, les rendez-vous secondaires, se souvient Eric Auzoux, alias " Bob ", aujourd'hui traducteur. On était organisé en régions, et les chefs, le "Centre", nom qu'ils s'étaient attribué, n'apparaissaient pas en public, en particulier pas Badiou, le centre du centre, raisons de sécurité. Pour la région Nanterre, seule implantation étudiante en Ile-de-France, avec une dizaine de militants, "l'action de masses" était dirigée vers le foyer Sonacotra, pour organiser le "prolétariat international" ; ça a rarement dépassé le stade du café ou de l'écoute passive ; la seule fois où on manifesta de l'intérêt pour nous fut quand le gardien du foyer a lâché son berger allemand sur l'un d'entre nous. A la fac, on prônait la surenchère maximaliste et la grève des examens, ce qui nous valait quelques succès de claque en AG. Là non plus nous ne recrutions pas, mais rien que de normal puisque, comme l'assenait le centre, nous en étions à l'étape du ?noyau. " Ce n'est que bien plus tard qu'Eric Auzoux rencontre Badiou. " Mon cadre de région me refusait des vacances : cela devait être tranché au sommet. Le rendez-vous était fixé dans un café de Montparnasse. "Bonjour, Bob !" m'a dit Badiou, avec sa veste en cuir d'apparatchik géorgien, et ce qui voulait sans doute être un sourire. J'ai le souvenir d'avoir passé une sorte d'oral muet. Lui, très grand chef, et moi, petit militant honoré d'être reconnu. J'ai donc eu droit à mes congés et ai été nommé cadre peu après, chargé des relations avec le groupe Foudre. " C'est par ce " groupe Foudre d'intervention marxiste-léniniste dans l'art et la culture " que l'UCFML a laissé le plus de traces dans les mémoires. " Nous devions pourrir les spectacles qui n'étaient pas dans la ligne juste, se souvient l'un de ses animateurs, Bernard Sichère, aujourd'hui philosophe spécialiste d'Aristote. On allait expliquer dans son théâtre à Ariane Mnouchkine qu'elle n'avait pas le bon point de vue de classe. On perturbait aussi dans les salles les projections de Portier de nuit ou des Chinois à Paris, le film de Jean Yanne. Dans les cinémas du Quartier latin, on ne risquait pas de rencontrer les masses, seulement j'ai fini par comprendre que ce n'était pas l'objectif. Déjà, pour Badiou, l'important n'était pas le nombre, mais le noyau dur suivant la ligne juste, ce qui permettait d'exclure les massistes, les spontanéistes. " Et de préférer aux sorties d'usine le velours rouge d'un salon du Lutétia, le luxueux palace du VIe arrondissement, pour tenir un " meeting du prolétariat international ". " Je m'en suis quand même étonné auprès de Badiou, se souvient Bernard Sichère. Il m'a répondu : "La révolution est partout chez elle !" " Avec ce prosélytisme, l'UCFML n'a guère dépassé les 500 militants à son apogée et n'a récupéré que peu des maos dépités par la dissolution de la GP en 1973. Le seul lien fut Kostas Mavrakis, ex-GP qui dirigeait Théorie et politique, revue ultra-" théoriciste " où il publiait Badiou : " Malgré mon amitié pour lui, je n'ai jamais eu l'idée d'intégrer l'UCFML, trop sectaire. Ils n'avaient aucun lien avec le monde ouvrier. Aucun établi. Ils étaient surtout hostiles aux syndicalistes, les taxant de révisionnisme, vendus à la bourgeoisie, alors qu'à la GP on estimait qu'il fallait encourager la combativité ouvrière, même sur des revendications réformistes, afin de la renforcer pour plus tard. " L'un des rares faits d'armes de l'UCFML, l'attaque nocturne de la succursale Mercedes, avenue de la Grande-Armée, à Paris, en riposte à la mort des suites d'une grève de la faim d'un membre de la bande à Baader, était une initiative de jeunes militants et sympathisants. " Nous avions simplement cassé les vitrines, mais d'autres, passés derrière nous, ont mis le feu ! se souvient l'un des responsables du commando. A suivi un théâtral mouvement de panique de Badiou et notre mise au vert dans un appartement du XVIe arrondissement. " Car le grand théoricien de la violence révolutionnaire la goûte peu lui-même. " Badiou et le "Centre" apparaissaient rarement dans les actions militantes ou les manifs non autorisées, remarque Bernard Sichère. Pour les rares opérations auprès des ouvriers, qui se terminaient souvent par des affrontements avec les syndicats, ils envoyaient des militants faibles ou novices, comme lors de cette tragique virée au Mans où des malabars de la CGT nous ont sérieusement tabassés et coursés jusque sur l'autoroute. " Maître pervers " Pure calomnie d'ex ! répond aujourd'hui Alain Badiou. Il y a eu simplement erreur dans la constitution de l'équipe. On aurait dû envoyer au Mans des camarades plus expérimentés. " Mais il n'y en avait pas tant que cela, des camarades. " Et je crois aussi qu'ils envoyaient au carton ceux qu'ils voulaient brimer, estime Eric Auzoux, qui est arrivé dans le groupe Foudre en pleine affaire François Balmès. Un prof de philo, fragile, épuisé par le rythme que lui imposait le "Centre". Il a craqué, on a su après qu'il avait été interné, mais, à l'époque, quand on a demandé de ses nouvelles, on n'a eu droit qu'à cette réponse de Badiou, typique du jargon UCFML : "Le camarade traverse une période subjective difficile." " " Il y avait une hiérarchie de fer entre le "Centre", les cadres et les militants, hiérarchie qui correspondait aux diplômes universitaires, explique un ancien cadre. Le "Centre", c'était quatre profs, Alain Badiou, Natacha Michel, Sylvain Lazarus et Catherine Quiminal, qui rédigeaient les tracts. Badiou était le maître qui aime donner des notes, des instructions. On passait notre temps à faire des bilans, toujours positifs, alors qu'on changeait en permanence de mots d'ordre. Mais on avait toujours raison, aucun événement ne nous mettait en tort. Notre stratégie facilitait cette certitude de secte : il fallait rester autonome et ne jamais s'allier aux autres sur une action. " Toutefois, le génocide cambodgien et la mort de Mao accélèrent l'érosion des militants. " Leurs comportements humains dans l'épisode Balmès avaient commencé à m'ouvrir les yeux, se souvient Eric Auzoux, mais leur silence après la mort de Mao et la chute de la bande des quatre fut un choc : Badiou nous avait dit que la ligne de nos héros était soutenue par les masses, mais personne ne s'était soulevé pour les défendre et le "Centre" fut soudain muet, impuissant face à un événement qu'il était incapable d'analyser. " Michel Schneider, aujourd'hui psychanalyste et écrivain, était depuis 1972 l'énarque de l'UCFML. Il a rompu en 1976 : " J'ai ouvert les yeux à cause du fonctionnement quotidien de l'organisation et non de ce que l'on pouvait déjà savoir de la mascarade de sang et de mort de la Révolution culturelle. Car rien, même pas Simon Leys, ne passait la barrière de la croyance. J'ai réalisé qu'en fait de servir le peuple je servais un maître pervers. Badiou n'a pas de sang sur les mains parce qu'il n'a jamais eu le pouvoir, mais le désir d'extermination était là. " Le pire justifié au nom du nouveau L'UCFML continuera jusqu'en 1984, se réduisant à un noyau dur de plus en plus restreint autour de Badiou, qui publie alors ses textes les plus tragi-comiques. En 1979, quand les Vietnamiens occupent le Cambodge après le génocide des Khmers rouges, il dénonce un " acte de barbarie militariste " et une " violation des peuples à exister, du droit des nations à voir leurs frontières garanties ". Il n'avait pas hésité à justifier les massacres de la Révolution culturelle et, après ceux de Pol Pot, on ne relit pas sans stupéfaction sa Théorie de la contradiction, publiée en 1975, qui justifie le pire au nom du nouveau : " La résolution d'une contradiction exige que quelque chose disparaisse ", " La dialectique matérialiste affronte la perte et la disparition sans retour. Il y a des nouveautés radicales parce qu'il y a des cadavres qu'aucune trompette du Jugement ne viendra jamais réveiller ". Plus de trente ans après, Badiou - qui n'a toujours pas mis les pieds en Chine - n'en démord pas, et ses propos fantaisistes sur la Révolution culturelle trahissent son rapport autiste avec le réel : il continue d'affirmer que Mao s'est battu contre la bureaucratie du Parti en lançant un " appel aux mouvements spontanés des masses ", quand trois décennies de travaux historiques ont établi qu'il s'agissait d'une lutte au sommet, Mao cherchant à reprendre un pouvoir total qui lui avait échappé. " Je suis parti après le Cambodge, quand j'ai compris que notre petit groupe clos ne discutait jamais de la réalité. Même le débat réclamé sur Staline était toujours différé, raconte Bernard Sichère. Mais, chaque fois que quelqu'un partait de lui-même, Badiou gardait la maîtrise de l'événement en l'excluant ! " Procédé invariable qu'a connu Michel Schneider : " Je suis passé en procès devant le "Centre". Il y avait Badiou, Natacha Michel, Sylvain Lazarus. Badiou m'a dit : "On ne démissionne pas d'une organisation révolutionnaire. On n'en sort que par la mort ou l'exclusion !" C'est la littérature qui m'a sauvé : j'avais été pris en train de lire Proust en cachette. Ecrivain décadent !?Pourriture bourgeoise ! La Recherche du temps perdu m'a permis de quitter le Petit Livre rouge. " Marie-Claire Boons n'est pas partie, mais elle attend toujours le débat promis par le " Centre " sur le rapport qu'elle lui avait envoyé à l'époque à propos du machisme dans l'UCFML, qui était le groupe maoïste le plus mixte. " Vous n'avez aucune idée de ce que j'ai pu souffrir d'être une des femmes du chef ", raconte cette psychanalyste dont la déconcertante franchise témoigne de la servitude volontaire qui régnait dans le groupuscule d'Alain Badiou. Une microsociété au centre de laquelle se trouvait la polygamie assumée de Badiou, hier comme aujourd'hui : " Oui, j'ai toujours fait coexister différents rapports avec différentes femmes. Mais moi, je ne le cache pas ! " Marie-Claire Boons était l'égérie de la grande bourgeoisie. C'est dans son bel appartement des quais de l'île Saint-Louis qu'avaient lieu bien des réunions, et notamment en 1972, celle qui rassembla au sommet Philippe Sollers et Alain Badiou pour discuter de la fusion de leurs deux bandes maoïstes, le groupe Tel Quel et l'UCFML, en une nouvelle structure, " Alliance ". Bernard Sichère était encore aux premières loges : " J'étais l'intermédiaire de ce projet, car j'écrivais dans Tel Quel. Ce fut une confrontation entre deux ego monumentaux. Badiou citait le camarade Staline, Sollers, La Fontaine. C'est Sollers qui a reculé, peut-être jaloux du phallocratisme organisé de Badiou. " Marie-Claire Boons a une autre explication : " Sollers a senti que Badiou était quelqu'un de plus fort que lui. " Une autre divergence importante séparait les deux tribus : la question du désir en politique. L'UCFML s'opposait aux " gauchistes désirants " et à leur maître, Gilles Deleuze, Badiou raillant les " barbus deleuziens avec leur gras désir en bandoulière ". Ligne dont il n'a pas dévié aujourd'hui : " Ils croyaient que le désir était subversif et déboucherait sur la révolution. Mais non ! Nous avions raison : on voit bien que l'individu qui s'épuise dans l'hédonisme est tout à fait homogène au monde capitaliste. " Ce puritanisme n'était qu'idéologique et n'empêchait pas Badiou de régner en gourou sur des militants et militantes fascinés. " Les membres non cadres, dont j'étais, étaient interdits de sexualité dans le parti, raconte Michel Schneider. Il fallait baiser des trotskistes ou des spontanéistes. La sexualité était le monopole du maître pervers. Par crainte de perdre l'amour du chef, les femmes sombraient dans le masochisme et les hommes s'autocastraient pour se soumettre au mâle dominant de notre horde primitive, comme disait Freud. " Ambiance de secte dont témoigne le destin choisi de Marie-Claire Boons, entre fidélité, asservissement et lucidité : " J'ai vécu, en France et dans une organisation de 300 personnes, des phénomènes de terreur comparable à ce qui s'est passé en URSS : la possibilité d'écraser quelqu'un, la mort en moins. Moi, je souffrais doublement, à la fois d'un machisme terrible et de mes origines bourgeoises. " Mais Marie-Claire Boons est restée. " Avec Alain, j'avais découvert en même temps la politique et l'érotisme, tout un monde que j'ignorais. J'ai donc partagé et accepté que le maître ait droit à tout dans une organisation qui se disait pourtant révolutionnaire. " Encore une contradiction qui n'effraie pas Alain Badiou : " Tous les collectifs produisent de la souffrance, et figurez-vous que c'est là un problème essentiel qui me préoccupe depuis longtemps : la question du charisme, ou de ce que certains appellent le culte de la personnalité, qu'il faut mettre au bilan de la séquence d'émancipation antérieure. Mais je ne suis pas sûr que l'on puisse s'en passer : l'idée doit avoir un minimum de visibilité et, depuis le christianisme, cela est toujours passé par un corps. Problème symétrique de celui de la terreur puisque celui qui incarne l'idée a toujours peur qu'un autre se lève pour mettre en cause la représentation. " Communisme intégral, violence acceptée Mais personne ne s'est jamais levé contre Badiou, qui a transformé en 1985 l'UCFML en une mystérieuse et plus confidentielle " Organisation politique " (OP), qui n'a jamais dépassé les 200 membres, mais toujours dirigée par le noyau professoral, Alain Badiou, Natacha Michel, Sylvain Lazarus. Marie-Claire Boons, elle, a suivi, toujours fidèle, tout en doutant de certains mots d'ordre d'une ligne qui reste la même. Communisme intégral. Acceptation de la violence. " Cela reste problématique chez Alain ". Abolition de la propriété privée. " Ça, je ne suis pas complètement sûre que ce soit une idée juste, mais Alain le pense ", ajoute-t-elle, perplexe et rêveuse, devant ses grandes fenêtres qui laissent voir la Seine couler. Lui plaisait mieux l'activité militante quasi unique de l'Organisation politique : le soutien des sans-papiers, rebaptisés " classe ouvrière internationale de France ". Le " nouvel opérateur politique ", nous explique gentiment Alain Badiou. Car l'ancien, le " prolétariat industriel français ", n'est plus, selon lui, porteur de " subjectivité politique " : " Il est difficile de leur trouver un nouveau souffle, si vous voulez. Ces ouvriers français ne sont plus capables que d'indignation, ils se crispent sur la défense des acquis sociaux. Ils sont conservateurs en défendant le cadre national existant attaché au passé. " Tandis que les sans-papiers " sont tournés vers l'avenir " : " Ils savent qu'ils incarnent l'idée nouvelle du prolétariat mondial parce que eux sont des acteurs homogènes au stade actuel de la mondialisation. " Cela fait peut-être une base un peu étroite pour le Grand Soir ? " Le juste n'est pas une question de dimension, répond Alain Badiou. Il faut travailler avec ce nouveau prolétariat encore insaisissable, cela prendra du temps et l'important ne se produira pas forcément sur le sol d'une Europe sur le déclin. " Concrètement, l'OP organisait des réunions parisiennes les samedis après-midi, avec des collectifs de sans-papiers et des manifestations, souvent contre la CGT, l'éternelle ennemie réformiste. " Nous la dénoncions parce qu'elle réclamait la régularisation des sans-papiers qui avaient du travail, alors que nous demandions la régularisation de tous, explique un ancien membre de l'OP. Cela ne débouchait sur rien de précis, et régnaient toujours les mêmes méthodes : on faisait parler quelques Maliens qui récitaient leur leçon, mais aucun débat n'était possible. Je me souviens d'une fois où un militant a évoqué la possibilité d'étendre nos actions aux jeunes de banlieue. Il s'est fait rembarrer par Sylvain Lazarus, qui lui a dit qu'il ne comprenait rien, que ces jeunes prolétaires étaient corrompus par l'argent et le désir de jouissance. " L'OP est si confidentielle que personne ou presque ne sait que son chef l'a abandonnée il y a trois ans, mettant fin à plus de trente ans de complicité militante avec Sylvain Lazarus, infatigable organisateur de cette mystérieuse organisation qui fuyait et méprisait les médias. " La séquence de l'OP est terminée, nous confirme Alain Badiou. Sa fonction était la critique du PC et de la gauche. " Cela date un peu ? " Oui, mais une vraie conclusion doit parfois traverser une longue période de saturation ", répond Badiou. Sylvain Lazarus, qui vit mal cette trahison et prépare une explication publique, ne s'autorise qu'une courtoise condamnation de son ex-compagnon, qu'il ne voit plus : " Il n'est plus confronté aux situations actuelles, et son discours n'est plus adossé à une expérience militante personnelle. " Alain Badiou, qui admet que son ex-camarade vit une " situation difficile ", reste froidement optimiste : " Il reconnaîtra la nécessité de cette extinction qu'il n'accepte pas, car il est encore dans la doctrine d'un maintien. " Une fois encore, Marie-Claire Boons est plus compréhensive. " Alain m'a dit qu'il fallait passer à un nouveau stade du militantisme, en allant dans les médias, et qu'il avait décidé de n'en refuser aucun. " La preuve ? Il accepte de recevoir Marianne, qu'il qualifie pourtant de " poubelle républicaine ". Ce n'est pas qu'un spectacle... Alain Badiou est passé au stade du militantisme médiatique après le succès de De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes), petit pamphlet repris de son cours à Normale sup. Il fait ce qu'il veut dans ce cours théoriquement consacré à Platon, où il traitait dernièrement d'Haïti. " Oui, j'ai souvent des interventions latérales, c'est l'honneur de Normale depuis Lacan ! Alors, quand j'ai vu en 2007 les élèves soucieux et perplexes après l'élection de Sarkozy, j'en ai parlé ! " De la haute philosophie... Attaque sur le physique, mépris social : Sarkozy est décrit en " nabot ", en " comptable bourré de tics ", " avec un look de cadre moyen d'une banque de seconde zone ", et les sarkozystes qualifiés de " rats ". Le gouvernement relève d'un " pétainisme transcendantal " et Badiou, compréhensif pour Pol Pot, dénonce une " barbarie sarkozyenne " : " Les moyens techniques du contrôle des populations sont aujourd'hui tels que Staline, avec ses fichiers manuscrits interminables, ses fusillades de masse, ses espions à chapeau, ses gigantesques camps pouilleux et ses tortures bestiales, apparaît comme un amateur d'un autre âge. " En tout cas, cela marche fort : plus de 60 000 exemplaires, alors qu'en quarante ans les ventes de ses livres ont toujours oscillé entre 2 000 et 6 000 exemplaires. Badiou, c'est du brutal, et les médias, qui adorent ce genre de personnage, l'installent vite entre Loana, Tariq Ramadan et Claude Allègre. Il joue le jeu à merveille, ne se forçant guère quand il ose toutes les horreurs qui le font remarquer dans une époque fade qui a abandonné les idéologies hard pour communier dans les droits de l'homme. Mao ? " Un personnage accessible, souriant. On se moquait même de son goût pour les plaisanteries " ; son Petit Livre rouge " est le meilleur livre de cuisine politique qui existe ". Les 70 millions de morts qu'on lui attribue ? " Cela en fait indubitablement le plus grand serial killer de l'histoire ! " Ah, on se marre avec Badiou ! Mais ce n'est pas qu'un spectacle. Car il y croit, et l'on ne le prend peut-être pas assez au sérieux. Cela devient pourtant rare, un intellectuel affirmant qu'" il faut avoir le courage de ne pas être démocrate " : " La démocratie est un outil propagande du capitalisme. Je pense que la loi du nombre est absurde. " Comme Maurras ? " Oui, mais lui la refusait pour des raisons de droite. Les meilleures règles pour satisfaire les besoins du collectif, tout comme les vérités scientifiques, ne peuvent sortir du jeu démocratique. " Non, ça, c'est, selon lui, le rôle du savant politique, de l'intellectuel : " Le mouvement ouvrier inclut en son sein ceux qui ont des idées communistes, ceux qui savent dégager la vérité du collectif, la vérité de ce dont il est réellement capable. " Il ne blague pas non plus sur les crimes dudit communisme : " Les tenants de la démocratie et du capitalisme ne peuvent être juges du négatif des séquences de l'émancipation. Nous choisissons nos juges ! Nous commençons par rappeler que le capitalisme est génocidaire. Ceux qui veulent éviter a priori la terreur font de la figuration dans l'ordre établi. " Alors, comme des lapins éblouis par son irradiante lumière radicale, journalistes et animateurs se pâment depuis trois ans devant le phénomène. Sur France 3, Frédéric Taddeï invite plusieurs fois ce " maître à penser ", selon lui " le dernier penseur radical français ". Rue 89 parle d'un " mandarin réputé pour sa capacité à synthétiser l'histoire des idées " qui " a bâti un univers conceptuel cohérent, mélange néoplatonicien et marxiste pur et dur ". Même BFM s'y met, tout comme le Parisien, qui consacre une pleine page à " l'un des dirigeants du mouvement maoïste français ". Adulé... et détesté De quoi rendre inutile la petite troupe des jeunes disciples de Badiou qui célèbrent leur maître comme on savait le faire sous Ceausescu. Slavoj Zizek, qui vante " la force incomparable de la pensée de Badiou qui surpasse de loin tout ce qui s'est publié en France ces dernières années ". Mehdi Belhaj Kacem qui affirme qu'" Hegel n'est qu'une parenthèse, grandiose, mais une parenthèse, entre Kant et Badiou ". Ou Fabien Tarby, auteur d'entretiens avec le maître (la Philosophie et l'événement, Germina) pour qui " Badiou est le nom, dans l'histoire de la philosophie, d'une synthèse nouvelle entre la lucidité rigoureuse du matérialisme et l'invincible espérance de l'idéalisme ", évidemment rehaussée par " le soufre d'un engagement qui aurait commis le crime de ne pas condamner les crimes de Mao ". Mais Badiou sait qu'il n'est jamais aussi bien servi que par lui-même : " Je suis sans aucun doute le philosophe français vivant le plus traduit, lu et commenté dans le monde. " Quand elle ne fait pas rire, cette complaisance médiatique peut agacer. Ce fut le cas de Jean-Marie Brohm, ancien trotskiste et impeccable sociologue de gauche. Stupéfié par cette " justification politique de l'infamie ", il rédige avec un collègue un texte rappelant les écrits de Badiou sur le Cambodge, qu'il envoie au Monde. " Le journal nous a fait lanterner deux mois avant que l'on découvre que Nicolas Truong, le responsable des tribunes du Monde écrivait un livre avec Badiou ! Cela ne nous a pas amusés de la publier finalement dans le Figaro, mais c'est parce qu'à notre grande surprise Libération nous l'a aussi refusé ! " Rien de surprenant, Libération est la plus belle prise médiatique de Badiou. Le quotidien lui a consacré plusieurs pages comme " invité spécial ", son directeur, Laurent Joffrin, justifiant ce statut par le fait que " Nicolas Sarkozy a trois adversaires en France, Martine Aubry, Bernard Thibault et Alain Badiou ". L'" invité spécial " explique aux lecteurs de Libération qu'il ne faut pas " juger les expériences communistes selon les deux critères de l'efficacité économique et des libertés publiques, car ce sont justement les critères de jugement du monde occidental ". Et répète que " l'action militante ne doit pas jouer le jeu électoral ", sa préférence étant que " Sarkozy soit chassé par la rue ". " Avez-vous un programme concret ? " s'inquiète tout de même Laurent Joffrin. " Tout cela sera élaboré en situation, non comme programme abstrait ", répond, dans le journal d'Edouard de Rothschild, Alain Badiou, qui s'en moquait quelques années auparavant, expliquant qu'" un journal qui appartient à un riche manager n'a pas à être lu par quelqu'un qui n'est ni riche ni manager ". C'était à l'époque où il dénonçait la " puissance de déraison et d'ignorance tout à fait spectaculaire " de la " baraque médiatique ". A l'égal des grands Mais, depuis, il a compris que le spectacle télévisé, c'est la réalité, et il applique, avec trente ans de retard sur lui, les méthodes de Bernard-Henri Lévy. Développer un réseau avec un correspondant dans tous les médias. Fixer ses règles : Badiou refuse les débats et, à l'antenne, exige un minimum de vingt minutes de parole. Elargir son public, ce qu'il vient de faire habilement avec un petit livre, Eloge de l'amour (Flammarion), manière de dire par un sophisme que le collectif est supérieur à l'individu et que " le communisme commence à deux ". Pour le reste, Alain Badiou, comme Bernard-Henri Lévy, profite surtout de l'absence de contradicteurs véritables. A quelques exceptions près, les universitaires estiment que lui répliquer relèverait du ridicule ou de la perte de temps, et servirait plutôt ses provocations. Le démontage le plus exhaustif et le plus ravageur de son oeuvre a été fait par Séverine Denieul dans un long article - " Les habits neufs d'Alain Badiou " - de l'Autre Côté, une revue d'inspiration postsituationniste qui maintient l'indéfectible vigilance de ce courant contre les " crétins maoïstes ". Guy Debord avait mis en garde dès 1982 contre Badiou, qui lui semblait, parmi tous " les déchets critiques ", le " pire de tous ". Le philosophe Philippe Raynaud fut par ailleurs un des rares à s'être penché sur la littérature de Badiou avant sa célébrité pour rédiger son étude l'Extrême Gauche plurielle (Perrin) : " L'ennui, c'est que son mépris de la démocratie prend sa source dans un mépris de l'humanité ordinaire, un mépris commun à l'extrême gauche et à l'extrême droite pour l'aspiration "animaliste" au confort et au bien-être que permettent les droits de l'homme. Pour lui, l'humanité doit être transcendée par une idée - le communisme dans son cas - proposée par le philosophe. C'est une logique symétrique au projet fasciste. " Myriam Revault d'Allonnes, professeur de philosophie à l'Ecole pratique des hautes études, qui vient de publier Pourquoi nous n'aimons pas la démocratie (Seuil), est aussi l'une des rares à s'inquiéter publiquement du succès d'un " intellectuel qui proclame sa haine de l'homme démocratique " : " On ne pensait pas réentendre ce genre de discours. Il joue sur la crédulité des jeunes générations qui ont de moins de moins de culture historique et politique. " Le psychanalyste Michel Schneider partage cette analyse : " Je suis sidéré qu'une pensée aussi folle, aussi délirante, ait un tel écho. Les jeunes ne savent pas d'où vient ce discours et à quoi il est lié parce que les anciens maos qui ont consenti à ces horreurs ne se sont pas assez expliqués. " En fidèle disciple du psychanalyste Wilhelm Reich, Jean-Marie Brohm diagnostique de son côté un " éternel désir de soumission au maître cruel, une fascination pour le pervers autoritaire. Badiou est très symétrique de Sarkozy. Pour eux deux, le réel ne compte pas, la vérité, c'est ce qu'ils disent au-dessus du réel pour le faire disparaître. C'est pour cela que la démocratie les gêne. " Avec De quoi Badiou est-il le nom ? (L'Harmattan), qui vient de paraître, Kostas Mavrakis, devenu peintre adepte d'un classicisme évoquant le réalisme socialiste, règle aussi ses comptes avec son ancien complice maoïste. Ils étaient pourtant restés proches, Badiou défendant même Mavrakis, accusé il y a peu d'avoir publié un texte contre l'art moderne dans Krisis, la revue d'Alain de Benoist. Ils se sont brouillés en 2006 comme deux enfants pour une affaire de tableau, Badiou se déclarant " propriétaire transcendant " de Leda et le cygne, l'oeuvre préférée de Mavrakis, qu'il revendiquait et qu'il n'a jamais obtenue, son ami se sentant trahi par l'apologie de l'art contemporain de Badiou dans son livre le Siècle. " C'est vrai, j'aurais bien accroché Leda et le cygne sur mon mur, mais le problème, c'est que Kostas a vraiment basculé dans la réaction ", précise Badiou. Les deux amis se sont séparés en 2009 par un échange de lettres en pleine ascension médiatique d'un Badiou triomphant auprès de son ex-ami. " L'heure du retour des vérités universelles est venue, et mon actuel destin public n'est qu'un des symptômes flagrants de ce que la parenthèse réactive s'achève ", lui écrivait-il en octobre dernier. " J'ai pensé au délire d'Althusser, qui se voyait en dirigeant unique de la révolution mondiale, Badiou n'en est plus très loin, commente Kostas Mavrakis. Un marxiste orthodoxe verrait dans sa célébrité médiatique une manoeuvre de récupération de la bourgeoisie : il est devenu le bouffon du capital. On le montre parce qu'il n'est pas dangereux, il peut même rendre des services. " Il vient d'en rendre un beau à Bernard-Henri Lévy en lui proposant par mail de débattre ensemble parce qu'il n'y aurait plus qu'eux deux sur la scène intellectuelle... Bernard-Henri Lévy a accepté ce projet de reconnaissance réciproque à la grande satisfaction du penseur de la radicalité. " Il m'a déjà traité de "sagouin". Je lui ai répondu que cela m'allait très bien parce qu'il ne sait pas que c'est le nom d'un petit singe d'Amérique centrale à longue queue ! Il va regretter d'accepter de m'affronter, parce qu'il va se faire démolir publiquement ", s'enthousiasme déjà Alain Badiou. Enfin parvenu à l'égal des plus grands. Badiou dans le texte Le Siècle, Le Seuil, 2005. De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Lignes, 2007. Mao : de la pratique et de la contradiction, avec Slavoj Zizek, La Fabrique, 2008. Eloge de l'amour, avec Nicolas Truong, Flammarion, 2009. L'Hypothèse communiste, Lignes, 2009. La Philosophie et l'événement. Entretien avec Fabien Tarby, Germina, 2010. Encadré(s) : SES POINTS DE REPÈRE Mao Le Grand Timonnier : " Un personnage accessible, souriant. On se moquait même de son goût pour les plaisanteries. " Pol Pot En 1979, quand les Vietnamiens occupent le Cambodge après le génocide des Khmers rouges (près de 2 millions de morts), Badiou dénonce un " acte de barbarie militariste " et une " violation des peuples à exister ". La fac de Vincennes Professeur à Vincennes, il annonce qu'il donnera leur examen à ceux " qui ne sont jamais venus en cours et qui ont ainsi montré par leur absence leur détachement louable des choses de ce monde ". Les ouvriers " Les ouvriers français ne sont plus capables d'indignation, ils se crispent sur la défense des acquis sociaux, ils sont conservateurs en défendant le cadre national existant attaché au passé. " Staline et Sarkozy Dans De quoi Sarkozy est-il le nom ?, son premier best-seller, Badiou dénonce la " barbarie sarkozyenne ". Comparé au " nabot " Sarkozy, " Staline, avec ses fichiers manuscrits interminables, ses fusillades de masse, ses espions à chapeau, ses gigantesques camps pouilleux et ses tortures bestiales, apparaît comme un amateur d'un autre âge ". Lui et les autres Gilles Deleuze Le chef de l'UCFML raillait les " barbus deleuziens avec leur gras désir en bandoulière ". Aujourd'hui, Badiou confirme : " Ils croyaient que le désir était subversif et déboucherait sur la révolution. Mais non ! Nous avions raison : on voit bien que l'individu qui s'épuise dans l'hédonisme est tout à fait homogène au monde capitaliste présent. " Guy Debord Guy Debord, dès 1982, s'inquiétait de Badiou, qui lui semblait, parmi les " déchets critiques ", " le pire de tous ". Bernard-Henri Lévy Considérant qu'il n'y a plus qu'eux deux sur la scène, Badiou propose un débat à Bernard-Henri Lévy : " Il va regretter d'accepter de m'affronter, parce qu'il va se faire démolir publiquement ! " affirme-t-il. Eux apprécient son talent Slavoj Zizek * : " Il suffit à Badiou d'articuler les vraies idées pour que la pensée antitotalitaire apparaisse pour ce qu'elle est réellement, à savoir une pseudothéorisation des peurs et instincts de survie les plus opportunistes. " * Philosophe et psychanalyste. Mehdi Belhaj Kacem* : " Hegel n'est qu'une parenthèse, grandiose, mais une parenthèse, entre Kant et Badiou. " * Ecrivain et philosophe. Lui réfute sa rhétorique Philippe Raynaud * : " Son mépris de la démocratie prend sa source dans un mépris de l'humanité ordinaire, un mépris commun à l'extrême gauche et à l'extrême droite pour l'aspiration animaliste au confort et au bien-être. " * Philosophe, auteur de l'Extrême Gauche plurielle (Perrin). Les médias l'adorent Frédéric Taddéï Frédéric Taddéï, voit dans ce " maître à penser " " le dernier penseur radical français ". Il a été plusieurs fois invité à " Ce soir ou jamais ! ", sur France 3. Ici, le 25 octobre 2007. Laurent Joffrin Laurent Joffrin : " Nicolas Sarkozy a trois adversaires en France : Martine Aubry, Bernard Thibault et Alain Badiou. " Libération est sa plus belle prise médiatique. Plusieurs pages lui ont été consacrées comme " invité spécial ". Rue89 : " Un mandarin réputé pour sa capacité à synthétiser l'histoire des idées ", qui " a bâti un univers conceptuel cohérent, mélange néoplatonicien et marxiste pur et dur ". Rue89 met en ligne une vidéo de son " grand entretien " avec lui. Le Parisien consacre une pleine page à " l'un des dirigeants du mouvement maoïste français ". Le quotidien ouvre ses colonnes à " l'intellectuel engagé " et au " penseur radical de gauche ".  | Guestbook | |
 | He has a guest list for Patrick Cox's friends, so they won't be kept waiting along with the hoi polloi. And as a result, scenes of pandemonium in the shop have become commonplace. One famous anecdote has two women customers fighting over the last pair of Wannabes. In the reverse of the judgement of Solomon, they preferred to buy one zentai suit each than leave the pair intact. hermes replica handbags |
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